
En résumé
Avocat : imposé dans les BNC avec la déclaration 2035, vous facturez vos honoraires avec la TVA à 20 %, sous réserve du régime propre de l'aide juridictionnelle. Les particularités : le maniement de fonds via la CARPA, la retraite spécifique de la CNBF, le statut de collaborateur libéral (rétrocessions) et l'exercice en SEL. La gestion de la trésorerie et de charges sociales élevées est un enjeu clé. Le guide fiscal de l'avocat par Cabinet Gras, expert-comptable à Bordeaux.
Dans cet article
L’avocat libéral réunit des spécificités qu’aucun autre professionnel ne cumule : un revenu en bénéfices non commerciaux, des prestations soumises à la TVA au taux normal, le maniement de fonds clients par la CARPA, une caisse de retraite propre, la CNBF, et des modes d’exercice variés, du collaborateur libéral à la SELARL. Ce guide détaille la fiscalité du barreau, avec un outil pour estimer le bénéfice.
BNC, déclaration 2035 et comptabilité de trésorerie
L’avocat relève des bénéfices non commerciaux (art. 92 du CGI) et tient, au régime de la déclaration contrôlée, une comptabilité de trésorerie : on enregistre les honoraires encaissés et les dépenses payées, puis on dépose chaque année la déclaration n° 2035 qui détermine le résultat imposable. Sous le seuil du micro-BNC (art. 102 ter du CGI), un abattement forfaitaire de 34 % remplace la déduction des charges réelles, mais ce régime est rarement adapté à un cabinet qui supporte un loyer, du personnel, de la documentation et des cotisations lourdes.
La distinction entre honoraires et débours est essentielle : les sommes avancées pour le compte du client et refacturées à l’identique (frais de greffe, d’huissier, d’expertise) ne sont pas des honoraires et n’entrent ni dans votre bénéfice ni dans votre base de TVA. Une 2035 bien tenue les isole proprement.
TVA à 20 % et aide juridictionnelle
Contrairement aux professions médicales, les prestations d’avocat sont soumises à la TVA au taux normal de 20 % (art. 278 du CGI). En début d’activité, vous pouvez relever de la franchise en base (art. 293 B du CGI) tant que votre chiffre d’affaires reste sous le seuil applicable, ce qui vous dispense de facturer la TVA mais vous prive de la récupérer sur vos achats. Le passage à la TVA change la facturation, la trésorerie et les obligations déclaratives : il s’anticipe.
Profession libérale (BNC) : bénéfice fiscal et social
Estimez votre bénéfice et la base de vos cotisations à partir de vos recettes et de vos charges.
Bénéfice fiscal
84 000 €
imposable au réel (BNC)
Cotisations sociales
Selon votre caisse
CNBF, CIPAV, CARPIMKO… et votre revenu : à chiffrer
Le bénéfice fiscal (base de l'impôt) et l'assiette sociale (base des cotisations URSSAF et de votre caisse de retraite) diffèrent : l'assiette sociale réintègre notamment certaines cotisations facultatives. Au micro-BNC (recettes sous le plafond), le bénéfice fiscal est forfaitaire (abattement de 34 %, sans déduction des charges réelles) ; au-delà du plafond, seul le réel s'applique. Le taux de cotisations varie selon votre caisse (CNBF, CIPAV, CARPIMKO…) et votre revenu. Estimation indicative.
Voir tous nos outils →La CARPA : des fonds qui ne sont pas vos recettes
Lorsque vous maniez des fonds pour le compte de vos clients (séquestres, dommages-intérêts, fonds d’une transaction), ils transitent par la CARPA (Caisse des règlements pécuniaires des avocats). Ces sommes ne sont pas vos honoraires : elles n’ont rien à faire dans votre résultat. La rigueur de la séparation entre votre comptabilité professionnelle et les maniements de fonds est un point de contrôle sensible, que nous sécurisons dans la tenue de votre 2035.
Retraite CNBF : une caisse à part
L’avocat ne cotise ni à la CIPAV ni à la CARMF, mais à la CNBF (Caisse nationale des barreaux français), son régime de retraite et de prévoyance propre. Ses cotisations ont une structure particulière :
- une cotisation forfaitaire qui dépend de votre ancienneté au barreau (progressive sur les premières années) ;
- une cotisation proportionnelle assise sur votre revenu professionnel ;
- le droit de plaidoirie, dû pour chaque plaidoirie et participant au financement du régime.
Comme souvent chez les indépendants, la couverture obligatoire reste légère, notamment en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité. Anticiper sa régularisation et la compléter est une priorité.
Se couvrir avec un contrat Madelin, et penser au PER
Deux leviers permettent de combler les manques de la CNBF tout en réduisant votre impôt :
- la couverture Madelin : vos cotisations facultatives de retraite, de prévoyance et de santé sont déductibles de votre bénéfice (art. 154 bis du CGI), dans certaines limites. C’est le moyen de vous protéger contre l’incapacité, l’invalidité et le décès à un coût net réduit par l’économie d’impôt ;
- le plan d’épargne retraite (PER) : vos versements constituent un investissement déductible de votre revenu imposable (art. 163 quatervicies du CGI), dans les limites annuelles. L’économie d’impôt est immédiate et d’autant plus forte que votre tranche marginale est élevée, ce qui correspond à la situation de beaucoup d’avocats établis.
Bien dimensionnés, ces dispositifs construisent votre sécurité et votre retraite tout en réduisant votre impôt ; mal calibrés, ils immobilisent inutilement votre trésorerie. Nous chiffrons l’effort optimal avec vous, chaque fin d’année.
Les déductions sans décaissement : robe, documentation et déplacements
Au réel, chaque charge professionnelle justifiée réduit votre bénéfice. Plusieurs postes propres au barreau sont souvent sous-exploités :
- l’entretien de la robe et du linge professionnel : déductible, sur justificatifs ou, à défaut, sur une évaluation raisonnable et documentée ;
- la documentation juridique (codes, abonnements, bases de données), la formation continue obligatoire, les cotisations ordinales (barreau, CNB) ;
- les frais de déplacement aux audiences et chez vos clients : ils se déduisent aux frais réels ou via les indemnités kilométriques (IK) au barème, dès lors que vous tenez un suivi précis de vos kilomètres professionnels.
Collaboration, association et SEL : votre structure d’exercice
Beaucoup d’avocats débutent comme collaborateurs libéraux : ils perçoivent des honoraires rétrocédés par le cabinet, déduisent leurs propres charges et déclarent leur résultat en BNC. La rédaction du contrat de collaboration (rétrocession, clientèle personnelle, préavis) mérite d’être cadrée dès le départ.
Avec la croissance du cabinet viennent d’autres formes : l’association (AARPI), la SCP, ou la société d’exercice libéral (SELARL, SELAS). Le passage en SEL ouvre l’impôt sur les sociétés, le lissage de la rémunération et l’arbitrage salaire / dividendes (voyez Rémunération du dirigeant), mais alourdit la gestion.
Parlons de votre cabinet d’avocat
Chaque avocat a sa propre situation : le régime micro-BNC ou réel, le passage à la TVA, le suivi de l’aide juridictionnelle et des maniements CARPA, votre régularisation CNBF, votre couverture Madelin et votre PER, le choix entre collaboration, association et SEL. Ces décisions se chiffrent au cas par cas, elles ne se devinent pas.
Notre rôle consiste à examiner vos chiffres, à sécuriser votre 2035 et votre couverture, et à construire avec vous la stratégie qui protège votre activité et votre revenu. Le plus simple, pour commencer, reste d’en discuter de vive voix.
Avocat : votre cabinet mérite une vraie défense
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Prendre rendez-vousQuestions fréquentes
Un avocat est-il en BNC ?
Oui. L’avocat libéral relève des bénéfices non commerciaux (art. 92 du CGI) et dépose une déclaration 2035 au régime de la déclaration contrôlée, ou applique l’abattement du micro-BNC sous le seuil.
Les honoraires d'avocat sont-ils soumis à la TVA ?
Oui, au taux normal de 20 % (art. 278 du CGI). En début d’activité, la franchise en base (art. 293 B du CGI) peut s’appliquer sous le seuil, sans facturation ni récupération de TVA. Les rétributions d’aide juridictionnelle sont également dans le champ de la TVA.
Les fonds CARPA sont-ils des recettes de l'avocat ?
Non. Les fonds maniés pour le compte des clients transitent par la CARPA et ne constituent pas des honoraires : ils n’entrent pas dans votre résultat. La séparation comptable doit être rigoureuse.
À quelle caisse de retraite cotise un avocat ?
À la CNBF (Caisse nationale des barreaux français), avec une cotisation forfaitaire selon l’ancienneté, une cotisation proportionnelle au revenu et le droit de plaidoirie. Les contrats Madelin/PER déductibles complètent une couverture obligatoire souvent légère.
Comment est imposé un associé de SEL d'avocats ?
Depuis l’imposition des revenus 2024, la rémunération perçue au titre de l’activité libérale exercée dans la SEL relève en principe des BNC, et non plus des traitements et salaires. C’est un point à intégrer dans votre déclaration et votre choix de structure.
Références
- Article 102 ter du Code général des impôts (CGI)
- Article 154 bis du Code général des impôts (CGI)
- Article 163 quatervicies du Code général des impôts (CGI)
- Article 278 du Code général des impôts (CGI)
- Article 293 B du Code général des impôts (CGI)
- Article 92 du Code général des impôts (CGI)
Références légales citées dans cet article. Les textes évoluent en loi de finances : à vérifier à la date de votre projet.


