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Le pacte Dutreil : transmettre son entreprise en limitant les droits

17 juin 2026 10 min de lecture
Le pacte Dutreil : transmettre son entreprise en limitant les droits

En résumé

Le pacte Dutreil permet de transmettre une entreprise, par donation ou succession, en n'étant taxé que sur 25 % de sa valeur : l'exonération atteint 75 %, quel que soit le lien de parenté. En contrepartie, les titres doivent faire l'objet d'un engagement collectif de conservation de deux ans, prolongé par un engagement individuel de quatre ans, et l'un des signataires doit exercer une fonction de direction. Combiné à une donation en pleine propriété par un donateur de moins de 70 ans, l'avantage se cumule avec une réduction de 50 % des droits. Conditions, durées, activité éligible et pièges détaillés par Cabinet Gras, expert-comptable à Bordeaux.

Note de l’expert-comptable : le pacte Dutreil est un dispositif puissant mais formaliste : la moindre rupture d’engagement peut faire perdre l’avantage. Durées, seuils et modalités évoluent et la holding animatrice est sous surveillance. À mettre en place impérativement avec le cabinet et le notaire.

Transmettre son entreprise à ses enfants sans les accabler de droits de donation ou de succession : tel est l’objet du pacte Dutreil. Bien préparé, il permet d’exonérer 75 % de la valeur de l’entreprise transmise.

Pacte Dutreil : 75 % de la valeur exonérée

Le principe : 75 % d’exonération

Le dispositif Dutreil (art. 787 B du CGI pour les titres de société, 787 C pour l’entreprise individuelle) permet, lors d’une donation ou d’une succession, d’exonérer de droits de mutation 75 % de la valeur des titres ou de l’entreprise transmis, sous conditions.

Concrètement, les droits ne sont calculés que sur 25 % de la valeur, une économie considérable.

Quelles sociétés et activités sont éligibles ?

Le pacte Dutreil ne concerne pas toutes les sociétés. Sont éligibles celles qui exercent une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. Sont en revanche exclues les sociétés à activité civile de gestion de patrimoine : société patrimoniale, gestion d’un portefeuille de titres, ou location immobilière (une SCI de rapport, par exemple, n’ouvre pas droit au dispositif).

Une société qui exerce plusieurs activités peut rester éligible si son activité opérationnelle est prépondérante, c’est-à-dire exercée à titre principal. Le cas de la holding est particulier : seule une holding animatrice, qui participe activement à la conduite de son groupe, y ouvre droit (voir plus bas). La nature et la forme de la structure se préparent donc en amont (voir SAS ou SARL : quel statut choisir et IS ou IR : quel régime choisir).

L’immobilier reste à la porte de l’exonération. Deux points souvent mal compris. D’une part, une société dont l’activité est la gestion immobilière (location nue, location meublée, locaux équipés, marchand de biens, promotion) n’est pas éligible. D’autre part, et c’est le plus décisif, même dans une société d’exploitation éligible, l’immobilier de placement et, plus largement, les biens non nécessaires à l’exploitation (immeubles patrimoniaux non affectés à l’activité, biens somptuaires) sont exclus de l’assiette des 75 % depuis la loi de finances pour 2024. Autrement dit, loger de l’immobilier patrimonial dans son exploitation ne permet pas de le transmettre sous Dutreil : seuls les biens réellement affectés à l’activité (les murs de l’exploitation) sont retenus. La détention de l’immobilier se réfléchit donc à part (voir dans quelle structure détenir votre immobilier).

Les engagements à respecter

L’exonération repose sur un double engagement de conservation :

  • un engagement collectif de conservation des titres d’au moins 2 ans, pris par le donateur avec d’autres associés (ou « réputé acquis » sous conditions) ;
  • un engagement individuel de conservation par chaque héritier ou donataire d’au moins 4 ans à compter de la fin de l’engagement collectif.

S’y ajoute une condition de fonction de direction : l’un des signataires doit exercer une fonction de direction pendant l’engagement collectif et 3 ans après la transmission.

Le pacte Dutreil repose sur trois engagements

Les seuils de détention

L’engagement collectif doit porter, pendant toute sa durée, sur un pourcentage minimal de droits, différent selon que la société est cotée ou non (art. 787 B du CGI) :

  • société non cotée : au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote ;
  • société cotée : au moins 10 % des droits financiers et 20 % des droits de vote.

Votre conseil vérifie que ces seuils sont réunis, et qu’ils le restent tout au long des engagements.

Combiner Dutreil avec les autres leviers

Le pacte Dutreil se combine avec les dispositifs de droit commun, mais tous ne s’empilent pas.

D’abord, l’abattement en ligne directe s’applique en plus de l’exonération de 75 % (art. 779 du CGI : 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans).

Ensuite, deux stratégies s’excluent mutuellement :

  • donner en pleine propriété ouvre une réduction de 50 % des droits si le donateur a moins de 70 ans (art. 790 du CGI) ;
  • donner en démembrement (transmettre la seule nue-propriété en conservant l’usufruit) réduit l’assiette selon le barème de l’usufruit (art. 669 du CGI), mais exclut cette réduction de 50 %, réservée à la pleine propriété.

On choisit donc entre pleine propriété avec réduction de 50 % et nue-propriété avec décote, selon l’âge du donateur et ses besoins de revenus. Bien articulés, ces dispositifs ramènent souvent la fiscalité d’une transmission familiale à quelques pour cent de la valeur.

Un exemple chiffré

Prenons une entreprise valorisée 1 000 000 €, transmise par donation à un enfant :

  • sans Dutreil, après l’abattement de 100 000 €, les droits de donation en ligne directe atteignent environ 210 000 € ;
  • avec le pacte Dutreil, seuls 25 % de la valeur sont taxés : la base tombe à 250 000 €, puis 150 000 € après abattement, soit de l’ordre de 28 000 € de droits ;
  • en ajoutant la réduction de 50 % (donateur de moins de 70 ans, pleine propriété), la note descend autour de 14 000 €.

On passe ainsi d’environ 210 000 € à 14 000 €, une fiscalité ramenée à quelques pour cent de la valeur de l’entreprise. Ce sont des ordres de grandeur : le chiffrage exact dépend de la valorisation, du lien de parenté et du montage retenu, et se prépare au cas par cas.

Holding et Dutreil

Le pacte Dutreil s’applique aussi aux titres d’une holding animatrice (voir notre guide La société holding). Le caractère réellement animateur de la holding est alors déterminant, et contrôlé.

Anticiper, toujours

Le pacte Dutreil se prépare en amont : on ne transmet pas dans l’urgence. Plus la structuration (engagements, statuts, gouvernance) est anticipée, plus la transmission est sécurisée et optimisée.

Le cas de l’entreprise individuelle (article 787 C)

Le dispositif ne concerne pas que les sociétés. L’entreprise individuelle bénéficie d’un mécanisme équivalent à l’article 787 C du CGI : une exonération de 75 % de la valeur de l’entreprise (ou de la quote-part) transmise par donation ou succession. Conditions principales : l’entreprise doit avoir été détenue depuis au moins deux ans par le défunt ou le donateur (sauf création ou acquisition à titre gratuit), chaque héritier ou donataire doit conserver les biens affectés à l’exploitation pendant 4 ans, et l’un d’eux doit poursuivre effectivement l’exploitation pendant 3 ans.

Les pièges qui font perdre l’exonération

Le pacte Dutreil est un dispositif rigoureux : la moindre faille fait tomber l’avantage et déclenche un rappel des droits, majoré d’intérêts de retard. Les principaux écueils :

  • Céder les titres pendant un engagement : vendre ou donner avant le terme rompt le pacte, sauf exceptions encadrées (par exemple une donation à un descendant qui reprend l’engagement).
  • Apporter les titres à une holding sans respecter le cadre prévu pendant la durée des engagements.
  • Perdre la fonction de direction avant le terme requis.
  • Une holding qui n’est pas réellement animatrice : si le caractère animateur n’est pas effectif et documenté, l’administration écarte l’exonération.

Chaque opération sur les titres (cession, apport, restructuration) pendant la durée des engagements doit être validée en amont avec votre conseil. C’est tout l’enjeu d’un accompagnement : sécuriser la durée, pas seulement signer le pacte.

L’essentiel à retenir

Le pacte Dutreil divise par quatre l’assiette des droits, mais il se mérite : engagements de conservation, fonction de direction, holding réellement animatrice. Préparé tôt et suivi dans la durée, il transmet une entreprise familiale dans des conditions fiscales très favorables ; bâclé, il se retourne contre les héritiers.

Transmettre avec le pacte Dutreil ?

Exonération de 75 %, engagements collectif et individuel de conservation, fonction de direction : le pacte se prépare des années à l'avance. Anticipons : le premier échange est gratuit et sans engagement.

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Questions fréquentes


Qu'est-ce que le pacte Dutreil ?

Un dispositif (art. 787 B et 787 C du CGI) qui permet, lors d’une donation ou d’une succession d’entreprise, d’exonérer 75 % de la valeur transmise des droits de mutation, sous conditions d’engagement de conservation et de direction.


Quelles sont les conditions du pacte Dutreil ?

Un engagement collectif de conservation des titres d’au moins 2 ans, un engagement individuel d’au moins 4 ans ensuite, et l’exercice d’une fonction de direction pendant l’engagement collectif et 3 ans après la transmission.


Peut-on cumuler Dutreil avec la réduction de 50 % ?

Oui, mais uniquement en pleine propriété : si le donateur a moins de 70 ans et transmet en pleine propriété, les droits (déjà calculés sur 25 % de la valeur grâce à Dutreil) bénéficient en plus d’une réduction de 50 % (art. 790 du CGI). En revanche, une donation en démembrement (nue-propriété) est exclue de cette réduction : on choisit entre la pleine propriété avec réduction de 50 % et le démembrement avec décote d’usufruit.


Le pacte Dutreil s'applique-t-il à une holding ?

Oui, à condition qu’il s’agisse d’une holding animatrice, c’est-à-dire participant réellement à la conduite de la politique du groupe. Ce caractère est contrôlé par l’administration.


Quels seuils de détention pour l'engagement collectif Dutreil ?

L’engagement collectif doit porter, pendant toute sa durée, sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour une société non cotée, et 10 % des droits financiers et 20 % des droits de vote pour une société cotée (art. 787 B du CGI).


Le pacte Dutreil s'applique-t-il à l'immobilier ?

Non. Une société de gestion immobilière (location nue ou meublée, locaux équipés, marchand de biens, promotion) n’est pas éligible. Et même dans une société d’exploitation éligible, l’immobilier de placement et les biens non nécessaires à l’exploitation sont exclus de l’exonération de 75 % depuis la loi de finances 2024. Seul l’immobilier réellement affecté à l’activité est retenu ; loger un patrimoine immobilier dans l’exploitation ne le fait pas entrer dans le Dutreil.


Références

  • Article 787 B du CGI : exonération de 75 % pour la transmission de titres de sociétés ; engagement collectif d’au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote (société non cotée), 10 % et 20 % (société cotée)
  • Article 787 C du CGI : exonération de 75 % pour la transmission d’une entreprise individuelle
  • Article 790 du CGI : réduction de 50 % des droits pour une donation en pleine propriété par un donateur de moins de 70 ans (exclue en cas de démembrement)
  • Article 669 du CGI : barème de l’usufruit pour évaluer une donation en démembrement (nue-propriété)
  • Articles 779 et 784 du CGI : abattement de 100 000 € en ligne directe, renouvelable tous les quinze ans
  • Loi de finances pour 2024 : exclusion des activités de gestion immobilière et exclusion, de l’assiette des 75 %, des biens non nécessaires à l’exploitation (dont l’immobilier de placement)
  • BOFIP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40 : doctrine administrative sur l’exonération partielle Dutreil

Dispositif formaliste et évolutif (les conditions ont encore été ajustées en loi de finances). À mettre en place avec le cabinet et le notaire, puis à sécuriser dans la durée.