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Prix du café en 2026 : ce que la flambée du grain fait vraiment à votre marge

29 septembre 2026 Mis à jour le 13 min de lecture

En résumé

Le cours mondial du café vert a presque doublé entre février 2024 et mars 2025, avant de refluer fin 2025 sur l'annonce de récoltes record au Brésil. Pour un café ou un coffee shop, la question n'est pas de savoir si le grain a augmenté, mais ce que cela change réellement : le calcul montre que le gobelet coûte plus cher que le café qu'il contient, et qu'une hausse de 50 % du grain pèse environ 3 000 € par an. Et surtout : une pâtisserie vendue à un client sur deux rapporte quinze fois plus qu'une hausse de 20 centimes sur l'expresso. Chiffres 2026, coût matière décomposé, ventes additionnelles et stratégie de prix, par Cabinet Gras, expert-comptable à Bordeaux.

En bref : Le cours du café vert a presque doublé entre février 2024 et mars 2025, avant de refluer fin 2025. Pour un coffee shop, l’effet reste modeste : une hausse de 50 % du grain coûte environ 3 000 € par an, et le gobelet coûte déjà plus cher que le café qu’il contient. Une pâtisserie vendue à un client sur deux rapporte quinze fois plus qu’une hausse de 20 centimes sur l’expresso.

Note de l’expert-comptable : tout le monde parle de la flambée du café. Peu de gens la chiffrent au niveau de la tasse. Quand on le fait, le résultat surprend : le grain n’est pas le poste qui menace la marge d’un coffee shop, et augmenter le prix de l’expresso est rarement la bonne première décision.

Depuis trois ans, le café est devenu un sujet de conversation économique. Les cours mondiaux ont atteint des sommets historiques, la presse annonce régulièrement le doublement du prix du paquet, et les exploitants s’interrogent : faut-il augmenter, absorber, ou attendre ? Voici les chiffres récents, puis ce qu’ils signifient pour un compte de résultat.

Le marché du café en France : les repères 2026

Où en sont les cours mondiaux

Le cours mondial du café vert

L’indicateur composite de l’Organisation internationale du café est passé d’environ 3,70 € le kilo en février 2024 à un pic estimé à 7,05 € en mars 2025 : un quasi-doublement en treize mois. Le reflux s’est amorcé ensuite, avec une moyenne de l’ordre de 6,20 € en décembre 2025.

Trois causes se sont additionnées : les aléas climatiques chez les grands producteurs (gel et sécheresse au Brésil, sécheresse au Vietnam), la reprise de la demande mondiale, et une forte activité spéculative sur les marchés à terme.

La tendance 2026 est plus favorable à l’acheteur. L’USDA anticipe une production mondiale record pour la campagne 2025-2026, autour de 178,8 millions de sacs, et une récolte brésilienne en forte hausse pour 2026-2027. Les analystes évoquent un marché en excédent d’environ 10 millions de sacs. Les contrats à terme sur l’arabica se sont détendus en conséquence.

À suivre vous-même, sans intermédiaire : l’Insee publie la série du cours de l’arabica (contrat C, ICE) dans ses données de matières premières importées. C’est la source à consulter avant de renégocier un contrat de torréfaction.

Deux remarques pour l’exploitant :

  1. Le cours du café vert n’est pas votre prix d’achat. Entre les deux, il y a la torréfaction, la logistique, la marge du torréfacteur et, souvent, un contrat annuel. La baisse des cours met plusieurs mois à arriver dans votre facture, quand elle arrive.
  2. La hausse, elle, est déjà passée dans vos prix d’achat. Selon l’Insee, le prix du café payé par les consommateurs progressait encore de 10,5 % sur un an en avril 2025, après une inflation du poste thé et café de 21,1 % sur 2022-2023.

Le calcul que personne ne fait : le coût réel d’une tasse

Ce que coûte vraiment un cappuccino à emporter

Prenons un cappuccino vendu 4,50 € TTC à emporter, soit 4,09 € hors taxes au taux de 10 %.

Composant Quantité Coût
Café torréfié à 24 €/kg 7 g 0,17 €
Lait à 1,30 €/L 18 cl 0,23 €
Gobelet et couvercle 1 0,18 €
Sucre, manchon, pertes 0,02 €
Coût matière total 0,60 €
Marge brute 3,49 €, soit 85 %

Le résultat mérite qu’on s’y arrête : le gobelet coûte plus cher que le café qu’il contient, et le lait coûte davantage que les deux. C’est le poste que la plupart des exploitants ne suivent jamais, parce qu’il n’apparaît pas comme une « matière première » dans leur esprit.

Ce que change réellement une flambée du grain

Une hausse de 50 % du prix du grain porte le coût du café de 0,17 € à 0,26 €, soit +0,09 € par tasse. Sur 34 000 tasses par an (le volume d’un établissement à 250 000 € de chiffre d’affaires), cela représente environ 3 000 € par an.

C’est réel, mais à comparer aux autres postes : 3 000 €, c’est l’équivalent d’un mois et demi de loyer dans un établissement moyen, ou de 1,2 % du chiffre d’affaires. Une hausse de 5 % de la masse salariale, elle, coûte 4 100 €. Et un emplacement dont le loyer dépasse 12 % du chiffre d’affaires coûte chaque année plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Conclusion : la hausse du grain n’est pas ce qui fait fermer les coffee shops. Elle sert souvent de prétexte commode à un problème de modèle : trop de loyer, trop d’heures creuses, ou un ticket moyen trop bas.

Faut-il augmenter les prix ?

Le prix moyen d’un expresso au comptoir se situe en 2026 entre 1,80 € et 2,50 € selon la région et le standing. Avant de bouger, trois calculs :

1. Chiffrez ce que couvre l’augmentation. Vingt centimes de plus sur l’expresso, sur 12 000 expressos par an, rapportent 2 400 €, soit à peu près la hausse du grain. Mais l’expresso n’est pas le produit qui fait votre marge : il sert de produit d’appel. Augmenter ce qui est le plus visible est le meilleur moyen de faire fuir la clientèle d’habitués sans rien régler.

2. Regardez d’abord les boissons lactées et les formats à emporter. Ce sont eux qui portent la marge en euros. Vingt centimes sur un latte à 4,50 € passent inaperçus ; vingt centimes sur un expresso à 2,20 € se voient immédiatement.

3. Traitez le contenant comme une matière première. Négocier le gobelet, proposer une remise de 20 centimes au client qui apporte sa tasse, réduire la taille du couvercle : ces décisions valent autant que la renégociation du grain, et elles ne se voient pas sur l’ardoise.

Les ventes additionnelles : le vrai cœur du métier

Ce que rapporte chaque décision, en marge annuelle

Voici la comparaison qui devrait ouvrir toute discussion sur la rentabilité d’un coffee shop, sur la même base de 34 000 tickets par an :

Décision Marge annuelle supplémentaire
Augmenter l’expresso de 20 centimes ≈ 2 400 €
Renégocier le grain de 10 % à la baisse ≈ 1 700 €
Vendre une pâtisserie à un client sur deux ≈ 35 000 €

Le calcul est simple : 17 000 pâtisseries vendues 3,50 € TTC, pour un coût matière de 1,10 €, dégagent environ 35 000 € de marge brute supplémentaire. À comparer aux 53 750 € d’excédent brut d’exploitation du modèle type : la vente additionnelle peut, à elle seule, faire basculer l’établissement du rouge au vert.

Et ce chiffre a une qualité que les autres n’ont pas : il ne coûte ni loyer supplémentaire, ni heure de travail supplémentaire. Le client est déjà là, le personnel est déjà payé, la vitrine est déjà allumée. La marge additionnelle tombe presque intégralement dans l’EBE.

Les cinq leviers du taux d'attache

L’indicateur à suivre : le nombre d’articles par ticket

Le ticket moyen ne suffit pas, car il mélange deux effets : le prix et le nombre de produits. L’indicateur utile est le nombre d’articles par ticket, que toute caisse moderne calcule.

  • 1,2 article par ticket : vous vendez des boissons, presque rien d’autre.
  • 1,5 : la vente additionnelle fonctionne par intermittence.
  • 1,8 et plus : elle est installée dans les habitudes de l’équipe.

Passer de 1,2 à 1,5 sur 34 000 tickets, c’est 10 000 produits vendus en plus par an. Sur une marge moyenne de 2 € par produit, cela représente 20 000 €, sans un client de plus.

Le point que les exploitants négligent : le taux d’attache par salarié

Deux baristas sur le même comptoir, aux mêmes horaires, n’obtiennent pas le même taux d’attache. L’écart est régulièrement du simple au double. Mesuré par salarié, l’indicateur cesse d’être une question de personnalité pour devenir un sujet de formation, puis d’objectif.

C’est aussi ce qui permet de justifier une prime sur un critère objectif, plutôt qu’au ressenti.

Ce qu’il faut renégocier avec son torréfacteur

La période est favorable : les cours refluent, les récoltes s’annoncent bonnes. C’est le moment de rouvrir le contrat.

  • Demandez l’indexation dans les deux sens. Beaucoup de contrats prévoient une révision en cas de hausse des cours, mais restent muets en cas de baisse.
  • Vérifiez le grammage réel. Sept grammes par expresso est la norme ; une mouture mal réglée peut en consommer neuf, soit 28 % de café en plus sans que personne ne le remarque.
  • Chiffrez le coût par tasse, pas le prix au kilo. C’est la seule unité comparable entre deux offres, surtout si les grammages conseillés diffèrent.
  • Intégrez le service et la maintenance de la machine dans la comparaison : un prix au kilo plus élevé avec entretien inclus est souvent moins cher au final.

Le contexte du secteur, sans embellissement

Le marché du café en France représente 3 à 3,6 milliards d’euros pour environ 370 000 tonnes consommées par an, tous circuits confondus. Le segment des coffee shops compte, selon le Collectif Café, environ 3 500 établissements, dont 1 400 à Paris, un parc qui a fortement progressé entre 2019 et 2023.

Mais la dynamique s’est retournée : les ouvertures ralentissent, les fermetures s’accélèrent, et la Banque de France relevait à fin juillet 2026 des défaillances dans l’hébergement-restauration supérieures de 29 % à leur niveau normal, en hausse de 7 % sur un an.

Autrement dit, la consommation tient, mais la rentabilité est sous pression. Ce n’est pas le marché qu’il faut interroger avant d’ouvrir, c’est son propre modèle : loyer, volume de clients par jour, ticket moyen.

Ce que nous regardons chez nos clients du secteur

Quatre indicateurs suffisent à détecter une dérive avant qu’elle ne devienne un problème :

  1. Le coût matière en pourcentage du chiffre d’affaires, relevé chaque mois. S’il passe de 25 à 29 %, la cause est presque toujours le grammage, les pertes ou les offerts, et rarement le cours mondial.
  2. Le coût matière par tasse, calculé par produit, contenant compris.
  3. Le mix produit : la part des boissons lactées et des formats à emporter dans le chiffre d’affaires, qui détermine la marge en euros bien plus que le tarif de l’expresso.
  4. Le nombre d’articles par ticket, suivi par salarié : c’est l’indicateur de la vente additionnelle, et le plus rentable à faire progresser.

Pourquoi se faire accompagner

Sur un métier à 85 % de marge brute et 5 % de marge nette, la rentabilité ne se joue pas sur le prix d’achat du grain, mais sur la discipline de gestion. Le Cabinet Gras accompagne les commerces de bouche et la restauration à Bordeaux et en Gironde : fiches techniques, suivi mensuel des ratios et arbitrages de prix.

Références

Les coûts matière présentés sont des ordres de grandeur calculés sur des prix d’achat courants en 2026. Vos propres prix dépendent de votre torréfacteur, de vos volumes et de votre contrat.

Un réflexe de caisse qui vaut de l’argent : le café à emporter en gobelet reste taxé à 10 %, mais la pâtisserie vendue à emporter relève de 5,5 %, et le café en paquet aussi. La ventilation se paramètre produit par produit : voir le détail dans notre article sur la rentabilité d’un coffee shop.

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Questions fréquentes

Pourquoi le prix du café a-t-il autant augmenté ?

Trois causes se sont additionnées : les aléas climatiques chez les principaux producteurs, gel et sécheresse au Brésil et au Vietnam, la reprise de la demande mondiale, et une forte spéculation sur les marchés à terme. L’indicateur composite de l’Organisation internationale du café est passé d’environ 3,70 € le kilo en février 2024 à un pic estimé à 7,05 € en mars 2025.

Les prix du café vont-ils baisser en 2026 ?

La tendance y est favorable : l’USDA anticipe une production mondiale record pour la campagne 2025-2026, autour de 178,8 millions de sacs, avec une récolte brésilienne en forte hausse, et les analystes évoquent un marché en excédent d’environ 10 millions de sacs. Attention toutefois : la baisse des cours du café vert met plusieurs mois à se répercuter sur le prix payé au torréfacteur.

Combien coûte vraiment une tasse de café dans un coffee shop ?

Pour un cappuccino à emporter vendu 4,50 € TTC : environ 0,17 € de café pour 7 g de grain à 24 €/kg, 0,23 € de lait, 0,18 € de gobelet et couvercle, et 0,02 € de divers, soit environ 0,60 € de coût matière et 85 % de marge brute. Le contenant coûte donc plus cher que le café qu’il contient.

Quel est l'impact d'une hausse de 50 % du prix du grain ?

Elle porte le coût du café d’environ 0,17 € à 0,26 € par tasse, soit 9 centimes de plus. Sur 34 000 tasses par an, cela représente environ 3 000 €, soit 1,2 % du chiffre d’affaires d’un établissement à 250 000 €. C’est significatif, mais bien moins lourd qu’un loyer excessif ou qu’une masse salariale mal calibrée.

Faut-il augmenter le prix de l'expresso ?

Rarement en premier. L’expresso est un produit d’appel très visible : une hausse s’y remarque immédiatement. Il est généralement plus efficace d’ajuster les boissons lactées et les formats à emporter, qui portent la marge en euros, et de traiter le coût du contenant, invisible pour le client.

Combien coûte un expresso au bar en France en 2026 ?

Le prix moyen se situe entre 1,80 € et 2,50 € selon la région et le standing de l’établissement, avec des écarts importants entre un comptoir de quartier et un coffee shop de centre-ville.

Comment augmenter la rentabilité d'un coffee shop sans augmenter les prix ?

Par la vente additionnelle. Sur 34 000 tickets annuels, vendre une pâtisserie à 3,50 € TTC à un client sur deux dégage environ 35 000 € de marge brute supplémentaire, contre 2 400 € pour une hausse de 20 centimes sur l’expresso. Cette marge ne coûte ni loyer ni heure de travail supplémentaire : le client est déjà présent et le personnel déjà payé.

Quel est le bon nombre d'articles par ticket dans un coffee shop ?

En dessous de 1,2, vous ne vendez pratiquement que des boissons. À 1,5, la vente additionnelle fonctionne par intermittence. À partir de 1,8, elle est installée dans les habitudes de l’équipe. Passer de 1,2 à 1,5 sur 34 000 tickets représente 10 000 produits vendus en plus par an, soit environ 20 000 € de marge, sans un client supplémentaire.

Comment renégocier avec son torréfacteur ?

En demandant une indexation qui joue dans les deux sens, en comparant les offres au coût par tasse plutôt qu’au prix au kilo, en vérifiant le grammage réellement utilisé (sept grammes par expresso est la norme, neuf grammes représentent 28 % de café en plus) et en intégrant le service et la maintenance de la machine dans la comparaison.

Le marché des coffee shops est-il en croissance ?

Le parc a fortement progressé jusqu’en 2023 et compte environ 3 500 établissements selon le Collectif Café. Mais la dynamique s’est retournée : les ouvertures ralentissent, les fermetures s’accélèrent, et les défaillances de l’hébergement-restauration restaient en juillet 2026 supérieures de 29 % à leur niveau normal selon la Banque de France.