
En résumé
Location nue, LMNP, SCI à l'IR ou à l'IS, détention directe ou en société : chaque structure de détention immobilière répond à une logique différente. Les revenus fonciers (location nue) taxent les loyers sans amortir le bien ; le LMNP et l'IS amortissent l'immeuble et allègent l'impôt annuel, mais alourdissent la plus-value de revente en réintégrant les amortissements ; la SCI organise la détention à plusieurs et prépare la transmission. Le choix dépend de votre horizon, de votre fiscalité personnelle et de vos objectifs. Fiscalité des loyers, amortissement, plus-value et transmission comparés par Cabinet Gras, Bordeaux.
Dans cet article
Acheter un bien locatif, c’est aussi choisir la structure dans laquelle le loger. Ce choix, souvent négligé au profit du prix ou de l’emplacement, commande pourtant l’essentiel : la fiscalité des loyers, la possibilité d’amortir le bien, l’imposition de la plus-value à la revente et la facilité de transmission. Il n’existe pas de structure universellement meilleure, seulement celle qui correspond à votre horizon et à vos objectifs. Voici les quatre grandes voies, la question qui les départage, et la manière de trancher.
La location nue en direct : les revenus fonciers
C’est la voie la plus simple : vous détenez le bien en votre nom, sans créer de société, et vous le louez nu. Les loyers relèvent alors des revenus fonciers. Sous 15 000 € de recettes, le micro-foncier s’applique de plein droit : un abattement forfaitaire de 30 % (art. 32 du CGI) est réputé représenter l’ensemble de vos charges, et les loyers se reportent directement sur votre déclaration de revenus, sans comptabilité ni liasse à établir. C’est la formule la plus légère qui soit, taillée pour un petit patrimoine peu chargé.
Sa contrepartie tient dans ce forfait : les 30 % remplacent toute déduction réelle. Dès que vos charges dépassent ce niveau, ou si vous voulez créer un déficit, il faut opter pour le régime réel (art. 31 du CGI), qui permet de déduire les charges effectives : intérêts d’emprunt, travaux d’entretien et de réparation, taxe foncière, assurances, frais de gestion.
Lorsque ces charges dépassent les loyers, il se crée un déficit foncier. Il s’impute sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an, l’excédent et la part correspondant aux intérêts d’emprunt se reportant ensuite sur les revenus fonciers des dix années suivantes (art. 156 du CGI). C’est un levier utile pour un bien à rénover.
La contrepartie est double. D’abord, on n’amortit pas le bien : les loyers, une fois les charges déduites, sont imposés à votre tranche marginale augmentée des prélèvements sociaux de 17,2 %, ce qui peut être lourd pour un foyer déjà bien imposé. Ensuite, en positif cette fois, la plus-value de revente relève du régime des particuliers (art. 150 U du CGI), avec des abattements pour durée de détention menant à une exonération complète au terme de plusieurs années. La location nue est donc la solution des patrimoines simples, dans une logique de détention longue. Pour un logement neuf, un dispositif d’incitation récent peut s’y ajouter (voir dispositif Jeanbrun : le statut du bailleur privé).
La location meublée (LMNP) : l’amortissement au réel
Louer meublé change tout : les loyers ne sont plus des revenus fonciers mais des bénéfices industriels et commerciaux (art. 35 du CGI). Sous le statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP), là encore en direct et sans société, deux régimes coexistent. Le micro-BIC est le pendant meublé du micro-foncier : sous le seuil (de l’ordre de 77 700 € pour une location meublée classique), un abattement forfaitaire de 50 % tient lieu de charges (art. 50-0 du CGI), sans comptabilité à produire. C’est simple et intéressant tant que vos charges réelles restent faibles, mais le micro exclut l’amortissement : pour en bénéficier, il faut passer au réel, nettement plus puissant. À noter que les meublés de tourisme non classés relèvent désormais d’un abattement et d’un seuil réduits.
Au réel, vous déduisez vos charges et surtout vous amortissez le bien (hors terrain), selon la décomposition par composants (voir amortir un immeuble par composants). Cet amortissement vient effacer une large part du revenu imposable : pendant plusieurs années, les loyers ne sont souvent que faiblement, voire pas du tout imposés. Une limite encadre toutefois l’avantage : l’amortissement ne peut pas créer de déficit (art. 39 C du CGI), la fraction non déduite étant reportée sans limite de durée sur les bénéfices futurs. C’est l’atout historique du LMNP, et la raison de son succès.
Un seuil à surveiller : le statut bascule en loueur professionnel (LMP) lorsque les recettes dépassent 23 000 € par an et les autres revenus d’activité du foyer (art. 155 du CGI). Le LMP entraîne l’assujettissement aux cotisations sociales, mais ouvre en contrepartie l’exonération de plus-value professionnelle des petites entreprises après cinq ans d’activité, sous conditions de recettes (art. 151 septies du CGI). La frontière entre les deux statuts se surveille de près.
La SCI à l’IR : détenir et transmettre à plusieurs
La société civile immobilière est, par défaut, transparente sur le plan fiscal : elle n’est pas imposée en tant que telle, chaque associé déclare sa quote-part de résultat. À l’IR et en location nue, on retrouve donc exactement la fiscalité des revenus fonciers vue plus haut, déficit foncier compris : pas d’amortissement, plus-value des particuliers.
L’intérêt de la SCI à l’IR n’est donc pas fiscal, il est organisationnel et patrimonial. Elle permet de détenir un bien à plusieurs sans subir l’indivision, d’organiser la gestion par les statuts, et surtout de transmettre progressivement en donnant des parts, année après année, en profitant des abattements sur les droits de donation. Le démembrement des parts (donner la nue-propriété en conservant l’usufruit) et la décote pour illiquidité renforcent encore l’efficacité de la transmission. C’est le véhicule de la détention familiale (le détail de l’arbitrage entre IR et IS est développé dans SCI à l’IR ou à l’IS).
La SCI à l’IS : amortir, mais plus-value professionnelle
Sur option, la SCI peut relever de l’impôt sur les sociétés (art. 206 du CGI). Elle amortit alors le bien et déduit largement ses charges, si bien que le résultat imposable est souvent faible les premières années, comme en LMNP réel. Le bénéfice qui subsiste est imposé au taux de l’IS, réduit à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice puis 25 % (art. 219 du CGI), généralement plus doux qu’une imposition des loyers à une tranche marginale élevée.
L’avantage se paie toutefois à deux moments. À la revente, la plus-value est professionnelle : calculée après réintégration des amortissements, imposée à l’IS et sans abattement pour durée de détention, elle peut être lourde sur un bien détenu longtemps. Et si vous souhaitez sortir les loyers de la société pour votre train de vie, la distribution de dividendes subit une seconde imposition entre vos mains. Autre point capital : l’option pour l’IS est en principe irréversible.
La SCI à l’IS convient donc à une logique de capitalisation et de réinvestissement sur le long terme, où les loyers restent dans la société pour financer d’autres acquisitions. Elle est bien moins adaptée à un projet destiné à être revendu, ou à un investisseur qui compte vivre des loyers. Ce choix se chiffre avant de s’engager.
La vraie question : amortir, ou pas ?
Derrière ces quatre voies, un seul clivage commande le reste. L’amortissement du bien n’est possible que dans deux d’entre elles, le LMNP au réel et la société à l’IS ; il est impossible en revenus fonciers, c’est-à-dire en location nue directe comme en SCI à l’IR.
Amortir écrase le revenu imposable pendant la détention, ce qui améliore nettement le rendement net. Mais cet avantage n’est jamais totalement gratuit : il se rattrape à la revente, sous forme de plus-value professionnelle à l’IS, et désormais de plus-value alourdie en LMNP. Autrement dit, l’amortissement ne supprime pas l’impôt, il le décale dans le temps, de la période de détention vers la sortie. Tout l’enjeu est de savoir si ce décalage vous sert.
La plus-value : le vrai enjeu de la sortie
C’est souvent à la revente que se joue la rentabilité réelle d’un investissement, et c’est là que les régimes divergent le plus.
Dans le régime des particuliers (location nue, SCI à l’IR, et LMNP), la plus-value se calcule sur la simple différence entre le prix de vente et le prix d’achat, puis diminue avec la durée de détention jusqu’à une exonération totale au bout de 22 ans pour l’impôt et 30 ans pour les prélèvements sociaux. Détenir longtemps efface donc l’impôt de plus-value. Dans le régime professionnel de la société à l’IS, à l’inverse, la base est calculée sur la valeur nette comptable : comme le bien a été amorti, cette valeur est faible, la plus-value taxable est d’autant plus élevée, et aucun abattement pour durée ne vient l’atténuer. Le LMNP, lui, occupe une position intermédiaire depuis 2025 : plus-value des particuliers, mais amortissements réintégrés.
Transmettre son patrimoine
Au-delà du rendement, beaucoup d’investisseurs détiennent pour transmettre. Sur ce terrain, la SCI l’emporte nettement sur la détention directe. Donner un immeuble en direct suppose de le partager par indivision ; donner des parts de SCI se fait par fractions régulières, en pleine propriété ou en nue-propriété, en optimisant les abattements sur les droits de donation qui se reconstituent périodiquement. Le démembrement permet aux parents de conserver les revenus tout en transmettant la valeur, et la décote reconnue sur des parts peu liquides réduit l’assiette taxable. La détention directe et le LMNP, plus simples à gérer, sont en revanche moins souples pour organiser une transmission.
Comment choisir : les bonnes questions
Aucune structure n’est la bonne dans l’absolu. Le choix se déduit de quelques questions simples, dont les réponses pointent presque toujours vers une solution.
L’écart de résultat net entre deux structures, sur la durée réelle d’un projet, se compte souvent en dizaines de milliers d’euros. C’est dire s’il vaut la peine de poser la question avant l’achat, quand tous les choix restent ouverts, plutôt que de la subir ensuite.
Parlons de votre projet immobilier
Chaque projet a sa propre logique : le type de location, l’horizon de détention, le besoin de revenu, la transmission envisagée, le nombre d’associés. Ces paramètres, croisés avec votre situation fiscale, désignent une structure plutôt qu’une autre.
Notre rôle consiste à examiner vos chiffres, à comparer les structures sur la durée réelle de votre projet, et à construire avec vous le montage qui sert vos objectifs sans mauvaise surprise à la revente. Le plus simple, pour commencer, reste d’en discuter de vive voix.
Votre immobilier dans la bonne structure ?
Location nue, LMNP, SCI à l'IR ou à l'IS : amortissement, plus-value de revente et transmission se comparent sur vos chiffres. Posons les vôtres : le premier rendez-vous est gratuit et sans engagement.
Prendre rendez-vousQuestions fréquentes
Location nue ou meublée : quelle différence fiscale ?
La location nue relève des revenus fonciers (micro-foncier avec abattement de 30 %, ou réel avec déficit foncier possible), sans amortissement du bien. La location meublée relève des BIC (art. 35 du CGI) : sous le statut LMNP au réel, vous amortissez le bien, ce qui réduit fortement le revenu imposable pendant la détention.
Peut-on amortir un bien immobilier en SCI à l'IR ?
Non. La SCI à l’IR est transparente et relève des revenus fonciers, qui ne permettent pas l’amortissement. Seules la SCI (ou société) à l’IS et la location meublée au réel (LMNP) amortissent le bien.
Qu'est-ce qui a changé pour la plus-value LMNP en 2025 ?
La loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) a modifié l’article 150 VB du CGI : pour les cessions réalisées à compter du 16 février 2025, les amortissements déduits en LMNP sont réintégrés dans le calcul de la plus-value, ce qui l’augmente. Certaines résidences-services en sont exclues.
Une SCI à l'IR peut-elle louer en meublé ?
En pratique non, sauf à accepter les conséquences : la location meublée est une activité commerciale qui fait basculer la SCI à l’impôt sur les sociétés, de plein droit. Une SCI qui doit rester à l’IR se limite donc à la location nue.
SCI à l'IR ou à l'IS : comment choisir ?
L’IR garde la fiscalité des revenus fonciers et la plus-value des particuliers, sans amortissement ; l’IS permet d’amortir mais entraîne une plus-value professionnelle sans abattement pour durée, et l’option est irréversible. Le choix dépend de l’horizon du projet et se chiffre (voir notre comparatif SCI à l’IR ou à l’IS).
Références
- CGI, art. 31 et 32 : revenus fonciers, micro-foncier et charges déductibles.
- CGI, art. 156 : imputation du déficit foncier sur le revenu global.
- CGI, art. 35, 50-0, 39 C, 155 et 151 septies : location meublée (BIC), micro-BIC, amortissement, statut LMP et exonération de plus-value professionnelle.
- CGI, art. 206 et 219 : option pour l’impôt sur les sociétés et taux.
- CGI, art. 150 U et 150 VB : plus-value immobilière des particuliers et calcul.
- Loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025 : réintégration des amortissements dans la plus-value LMNP (cessions à compter du 16 février 2025).
Références citées à titre indicatif et à jour à la date de rédaction. Seuils et taux évoluent en loi de finances ; leur application à votre situation se vérifie avec le cabinet.


